La confusion entre le domaine ésotérique et initiatique et le domaine mystique, ou, si lon préfère, entre les points de vue qui leur correspondent respectivement, est une de celles que lon commet le plus fréquemment aujourdhui, et cela, semble-t-il, dune façon qui nest pas toujours entièrement désintéressée. Il y a là, du reste, une attitude assez nouvelle, ou qui du moins, dans certains milieux, sest beaucoup généralisée en ces dernières années, et cest pourquoi il nous paraît nécessaire de commencer par nous expliquer nettement sur ce point. Dans le cas du mysticisme, lindividu se borne à recevoir simplement ce qui se présente à lui, et tel quil se présente, sans que lui-même y soit pour rien et, disons-le tout de suite, cest en cela que réside pour lui le danger principal, du fait quil est ainsi ouvert à toutes les influences, de quelque ordre quelles soient. Dans le cas de linitiation, au contraire, cest à lindividu quappartient linitiative dune réalisation qui se poursuivra méthodiquement, sous un contrôle rigoureux et incessant, et qui devra normalement aboutir à dépasser les possibilités mêmes de lindividu comme tel. Il est indispensable dajouter que cette initiative ne suffit pas, car il est bien évident que lindividu ne saurait se dépasser lui-même par ses propres moyens, mais, et cest là ce qui nous importe pour le moment, cest elle qui constitue obligatoirement le point de départ de toute réalisation pour linitié, tandis que le mystique nen a aucune, même pour des choses qui ne vont nullement au-delà du domaine des possibilités individuelles. Il est des choses sur lesquelles on est obligé de revenir presque constamment, tellement la plupart de nos contemporains, du moins en Occident, semblent éprouver de difficulté à les comprendre. Et bien souvent, ces choses sont de celles qui, en même temps quelles sont en quelque sorte à la base de tout ce qui se rapporte, soit au point de vue traditionnel en général, soit plus spécialement au point de vue ésotérique et initiatique, sont dun ordre qui devrait normalement être regardé comme plutôt élémentaire. Telle est, par exemple, la question du rôle et de lefficacité propre des rites. Et peut-être est-ce, tout au moins en partie, à cause de sa connexion assez étroite avec celle-là que la question de la nécessité du rattachement initiatique paraît être également dans le même cas. En effet, dès lors quon a compris que linitiation consiste essentiellement dans la transmission dune certaine influence spirituelle, et que cette transmission ne peut être opérée que par le moyen dun rite, qui est précisément celui par lequel seffectue le rattachement à une organisation ayant avant tout pour fonction de conserver et de communiquer linfluence dont il sagit, il semble bien quil ne devrait plus y avoir aucune difficulté à cet égard. Transmission et rattachement ne sont en somme que les deux aspects inverses dune seule et même chose, suivant quon lenvisage en descendant ou en remontant la chaîne initiatique.
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